Une maille à la fois, les amitiés se tissent | Développement et Paix

Une maille à la fois, les amitiés se tissent

30 juillet 2015
par 
Par Anaïs Légaré-Morasse, stagiaire QSF

Sept jeunes québécoises effectuent actuellement un stage d’initiation à la solidarité internationale en Bolivie dans le cadre du programme Québec sans frontières (QSF). Elles appuient actuellement un partenaire de Développement et Paix et partagent avec nous le récit de leurs expériences.

L’activité principale de notre stage avec le Centre de promotion et de santé intégrale (CEPROSI) est d’effectuer des visites dans les centres de femmes, comme nous l’avions expliqué dans notre précédent billet de blogue. Ce qui est intéressant avec ces rencontres, c’est que chaque centre visité par nos trois équipes de stagiaires est totalement différent, aime différentes activités et est motivé par des ambitions distinctes et variées. Il est parfois difficile de faire toutes les activités prévues, même en n’en prévoyant qu’une seule.

Toutefois, dès que nous parlons entre nous des centres, il en ressort que ce sont parmi les expériences les plus magnifiques et enrichissantes qu’il nous soit donné de vivre, tant en ce qui concerne ce stage que pour nos propres perceptions de la solidarité humaine, de la chaleur qu’un humain peut donner à son prochain, que des connaissances que l’on peut accumuler quand on se retrouve six, neufou quinze femmes ensemble. À tel point que notre accompagnatrice regrette de ne pas passer elle aussi ses journées dans les centres ! Ainsi, pour son bénéfice et pour celui de toutes celles et tous ceux qui n’iront jamais dans l’un de ces lieux parfois bien cachés ou au contraire au milieu d’un parc, nous décrirons ici à quoi ressemble une semaine dans les centres de femmes que visitent Anaïs et Hind, soit les centres Kory Warminaka, Jilanañi Warminaka, Sartasiñani Warminaka et Bartolinas (plusieurs centres ont des noms aymara).

LUNDI – KORY WARMINAKA : Nous avons manqué les deux premières semaines dans ce centre, en raison d’autres activités à réaliser avec le CEPROSI. Nous avions donc hâte de voir à quoi ressemblerait la dynamique et comment seraient les femmes. Il s’est avéré que Kory Warminaka est l’un des centres les plus agréables. La première fois, la rencontre a eu lieu dans un parc, parce que leur local était utilisé pour une veillée funèbre. Depuis, nous sommes dans le local où les rayons du soleil entrent très fort jusqu’à environ 17h, et où les antiques chaises et tables font un bruit à réveiller les morts, justement, quand on les déplace… Sur les murs sont accrochées plusieurs créations des femmes, dont deux très grandes affiches présentant les valeurs nutritionnelles du quinoa qu’elles ont préparées à l’occasion de l’apthapi (cuisine collective) du 4 juillet dernier. Autant dire que ce sont des femmes débrouillardes, impliquées, chaleureuses, intéressées et intéressantes. Deux jeunes filles, très sportives et intelligentes, viennent à chaque fois avec un gros chien qui n’est pas le leur, mais qui aime lui aussi participer à nos réunions du lundi. On l’appelle Amigo.

MARDI – JILAÑANI WARMINAKA : Ce centre est juché sur l’une des rues les plus abruptes que des ingénieurs civils aient pu concevoir, dans un ancien couvent de sœurs qui ne manque pas de charme. Deux femmes de notre âge viennent chaque semaine avec chacune leurs deux enfants, en plus des habituées qui varient un peu de semaine en semaine, et qui sont beaucoup plus âgées. La présidente de ce centre n’a pas peur de prendre la parole, de motiver ses troupes, y compris pour participer aux activités comme l’apthapi. Cette semaine, nous avons préparé avec elles une salade composée de noix et de pommes que contenait le guide nutritionnel La Salud se cocina, préparé par les stagiaires du groupe de l’an dernier. Chacune a apporté un ingrédient, et nous avons dégusté le tout avec une limonade au basilic (sans sucre!). Ce fut un bien beau moment. Comme dans les autres centres, les femmes de Jilañani Warminaka aiment tricoter avec la professeure Agustina, mais elles sont aussi assez volubiles. Ainsi, il est parfois difficile de parlerdu plato ideal, du diabète, ou d’autres thèmes connexes. La semaine dernière, chacune a apporté les ingrédients nécessaires pour faire du pain maison. Hind a eu la bonne idée de produire rapidement un tableau des valeurs nutritives du pain, à remplir avec elles, entre deux tasses de farine et une pincée de levure. Une fois les ingrédients mélangés, nous avons fait la classique séance d’exercices d’aérobie (conçus par Valérie, une autre stagiaire de notre groupe), qui est toujours un moment charmant, plein de sourires et d’exclamations. Le hic, c’est qu’au moment d’aller faire cuire chacune leur pain dans le four public où elles devaient aller – comme beaucoup de foyers boliviens n’ont pas de four -, le propriétaire du four n’était plus sur place. Nous avons donc erré sur l’avenue Buenos Aires, ;à la recherche malheureusement infructueuse d’un four à prêter à ces huit femmes à qui une pâte à pain non cuite ne sert franchement pas à grand chose…

JEUDI – SARTASIÑANI WARMINAKA : Lors de notre première rencontre, nous étions dans petit magasin (tienda) de pain et de Coke de l’une des femmes. Une petite Noemi était présente, avec sa mère et quatre autres femmes. Elles sont à chaque fois peu nombreuses, mais terriblement douces et affables. C’est aussi le centre où la collation, qui est préparée et servie chaque fois par une femme différente, est la plus gargantuesque ! Une fois, nous leur avons demandé si elles parlaient à l’occasion de politique, et il semblerait que non. Elles n’avaient pas de rencontre la semaine dernière à cause de la fête de La Paz (qui se fête en grand (le 375e de Montréal a de quoi pâlir d’envie!), et il est clair que quand nous les reverrons cette semaine, leurs travaux de tricot auront avancé à une folle allure.

VENDREDI – BARTOLINAS : Voici un autre centre où les rencontres sont passées du grand air à une ancienne école primaire. On y a une vue saisissante de La Paz, quoi qu’il est difficile de ne pas avoir une vue spectaculaire dans cette ville, peu importe où l’on se trouve. La professeure de tricot, Juana, arrive toujours très tôt, et il est à chaque fois franchement agréable et réconfortant de parler à cette femme discrète et souriante. Les femmes de ce centre habitent toutes, ou presque, sur la même rue, près du sommet de la ligne jaune du téléphérique. Elles parlent peu, mais sont intéressées à connaitre ce que nous leur préparons chaque semaine sur le contenu de sucre de certains aliments populaires, sur l’indice de masse corporelle (IMC)), les risques de santé associés à l’obésité, les nutriments contenus dans certains légumes ou céréales, etc. Elles ont des histoires vibrantes à raconter sur leurs enfants, leur jeunesse, les changements qu’elles ont effectué à un certain moment dans leur vie. Elles viennent parler, écouter, tricoter, élargir le spectre de leur quotidien avec d’autres femmes de La Paz qui souvent viennent en fait de Potosi, Sucre, Oruro. Ce sont ces personnes qui colorent nos semaines avec leurs blagues, leurs appréciations sur le froid de la ville, et leurs laines qui se mélangent en vêtements (chompas et zapatitos). Elles ne se rappelleront peut-être pas de nos noms, mais elles sont plus vivantes et précieuses pour nous que ce qu’aucune carte postale ou chandail d’alpaga ne pourrait décrire.